Quand j'étais à l'hôpital, il y avait une femme dans la chambre voisine qui criait "à l'aide, à l'aide!". C'était effrayant. Je n'avais pas le droit de me lever mais savais que si je passais outre cette interdiction, ma camarade de chambre ne me dénoncerait pas car elle était muette suite à une maladie neurologique. Çà aussi c'était effrayant. Pour s'exprimer elle écrivait sur les feuilles d'un carnet qu'elle déposait sur mon lit en traînant derrière elle son porte-perfusion qui couinait à chaque tour de roulettes. Un jour on a réussi à rigoler toutes les deux, à partir d'un vrai fou-rire quand la porte de notre unique et archaïque armoire s'est couchée sur le côté, rendant l'âme, ne voulant plus cacher aux yeux de nos rares visiteurs nos pauvres affaires de malades pliées ça et là à la va-vite par les aides-soignantes. Notre chambre était horrible, la peinture des murs était écaillée, elle était un peu étroite pour contenir deux lits mais le décor m'indifférait, j'étais placée près de la fenêtre et je pouvais contempler le ciel, j'ai toujours adoré rêver en contemplant le ciel. Ma camarade de chambre dont je n'ai jamais su le prénom pleurait souvent, mais comme elle était muette ses pleurs se transformaient en râles d'abord, en cris ensuite. Le pire est quand cette femme s'étranglait en avalant de travers, ses cris devenaient de longues plaintes allant du crescendo molto vivace à l'andante, difficile à décrire. Puis on m'a changée de lieu, je me suis retrouvée seule dans une chambre sympa avec une grande fenêtre qui donnait sur un parking, pas génial, mais qui au loin laissait entrevoir le clocher d'une église pour me rappeler que Dieu m'attendait. M'attend-il vraiment Dieu? Je veux dire personnellement? Il me semble qu'il doit être épuisé avec ces milliards d'âmes qui sont montées à lui depuis la création du monde. C'est ça qui pour l'instant me tracasse, comment pourra-t-il savoir qui je suis quand nous serons tant et tant à monter vers lui en même temps. Enfin bon, pas la peine de chercher à comprendre, c'est impossible, c'est le mystère de Dieu. Je n'ai pas eu de nouvelles de cette copine de chambre, quand j'ai pu me lever et ai demandé à l'infirmier dans quelle chambre elle avait été placée, car elle aussi avait été placée ailleurs après son opération, l'infirmier m'a répondu sèchement que c'était un secret professionnel, qu'on n'avait pas le droit de divulguer le numéro des chambres. Quelle stupidité! Quand j'ai eu le droit de me lever j'ai bien tenté de la retrouver en arpentant les couloirs et en ouvrant quelques chambres, mais quand j'ouvrais la porte d'une chambre d'hommes je me sentais gênée par ces regards étonnés fixés sur ma petite personne, j'avais l'impression d'être la matrone d'un bordel cherchant le client. C'est vrai quoi, on était tous en pyjama! Je n'ai jamais revu cette femme mais j'ai aperçu la voisine qui criait à l'aide, en fait une pauvre dame très âgée qui n'avait plus toute sa tête. En face de ma nouvelle chambre il y avait un homme ou une femme, je n'ai pas pu le définir, qui criait toute la journée "hou-hou! hou-hou!". Ah oui, j'ai oublié de le signaler, on m'avait mise dans le service de gériatrie. Pendant 10 jours j'ai été considérée comme une vieillarde. A partir de quel âge est-on considéré comme une vieillarde, je n'en sais rien, toujours est-il qu'à pas tout a fait 70 ans c'est ainsi que l'on considère les êtres . Ce qui m'intrigue à présent est l'âge ou l'apparence que j'aurai quand je serai là-haut. J'adore la jeunesse, j'espère je ne serai pas classée dans la catégorie senior, j'aimerais tellement rire et m'amuser là-haut, sautiller comme une gamine, me promener dans les verts prés, chanter, danser, rencontrer François d'Assise, Mozart et tant d'autres, voir maman, mon père que j'ai si peu connu. Bon, faut que je me recouche, les cachets font effet, la douleur qui m'a réveillée s'apaise. Dans quelques heures l'ambulance vient me chercher pour l'échographie. J'ai décidé que ce serait le dernier examen. Pas d'acharnement, pas de rayons, pas de chimiothérapie.
Tiens, un bon coup de pied à la maladie, rien de tel pour l'envoyer valser ailleurs. En ce temps-là j'étais jeune et joyeuse, Jean-Marc Thibault aussi, ainsi que mon amie Catherine Kief, d'origine russe.
Ces photos représentent le tournage de "Méliès", une dramatique télévisée réalisée par Jean-Christophe Averty. Il y avait aussi Marie-Blanche Vergne, la maman de Karin. C'est à la fois une époque si lointaine et si proche. On ne voit pas le temps passer.
Et hop, un bon coup de pied à la maladie :)
RépondreSupprimerLes commentaires fonctionnent, c'est parfait!
Je t'embrasse très fort!
Eric, ton fils qui t'aime